Interview des réalisateurs de MASPALOMAS : Aitor ARREGI & Jose Mari GOENAGA

01 – Pouvez-vous vous présenter ? Quel est votre parcours ? Qu’est-ce qui vous a menés au cinéma ?

Nous sommes Jose Mari Goenaga et Aitor Arregi, réalisateurs. Notre dernier film est Maspalomas. Jose Mari en a également écrit le scénario.

Nous avons étudié le commerce à Mondragon Unibertsitatea et à l’Université de Deusto. Ensuite, nous avons intégré une école de cinéma appelée Sarobe, où nous nous sommes rencontrés ainsi que le reste de nos collaborateurs. Il y a environ 25 ans, nous avons fondé une société de production appelée Moriarti. Depuis, nous réalisons des documentaires, des courts métrages et des longs métrages.

Qu’est-ce qui nous a menés au cinéma ? Le cinéma, c’est notre vie. Ce que nous aimons le plus, c’est regarder des films. La deuxième chose que nous aimons le plus, c’est en faire. Tout est dit.

02 – Quelles inspirations vous aident à trouver des idées de scénario ?

Il y a de nombreuses sources. La plus importante est votre propre imagination. Mais souvent, cela ne suffit pas, il faut donc rester ouvert et attentif au monde qui nous entoure. Nous lisons des livres, des articles de presse, et les gens nous racontent des histoires… l’inspiration peut venir de partout.

03 – Pouvez-vous nous parler de la genèse de votre film ? Pourquoi ce film, comment l’idée vous est-elle venue, qu’est-ce qui vous a inspirés ?

Jose Mari s’est rendu à Maspalomas, aux îles Canaries, il y a une dizaine d’années et a senti que c’était un lieu idéal pour une histoire. À la même époque, il a lu une interview dans la presse sur des personnes homosexuelles âgées qui, en entrant en maison de retraite, se sentent parfois contraintes de retourner dans le placard à cause d’un environnement hostile. C’est une réalité qui nous a semblé mériter d’être explorée au cinéma.

04 – Comment avez-vous choisi votre casting ? Aviez-vous déjà certains noms en tête ? Aviez-vous déjà une idée des lieux de tournage ?

Concernant le casting, il nous est apparu très clairement dès le départ que Jose Ramon Soroiz était le choix idéal pour le rôle de Vicente. Nous connaissons son travail depuis les années 1990 ; il est très connu au Pays basque.

Pour les autres acteurs — Nagore Aranburu, Kandido Uranga, Zorion Egileor, Kepa Errasti — nous les connaissions déjà et avions travaillé avec eux à plusieurs reprises. Nous avons une grande confiance en eux ; ce sont des acteurs très talentueux.

05 – Quel est le message / objectif de votre film ?

On pourrait dire que le film explore à quel point il est facile de revenir en arrière par rapport à ce que l’on a acquis. C’est ce qui arrive à Vicente lorsqu’il décide de retourner dans le placard, mais on peut aussi observer des dynamiques similaires dans notre société aujourd’hui : à quel point des droits et des progrès que l’on pensait solidement établis peuvent être remis en question ou démantelés.

Au-delà de cela, le film aborde également des tabous que nous avons normalisés en tant que société, comme l’homosexualité et la sexualité à un âge avancé.

06 – Combien de temps a duré le tournage ? Combien de temps entre l’idée et la post-production ?

Le tournage a duré huit semaines. De l’idée initiale à la post-production, l’ensemble du processus a pris environ cinq ans.

07 – Avez-vous suivi strictement votre scénario initial ou laissé place à l’improvisation ? Avez-vous donné de la liberté à vos acteurs ?

Nous avons suivi le scénario assez fidèlement. Bien sûr, nous avons eu plusieurs réunions avec les acteurs et avons lu le script ensemble, ce qui a entraîné quelques modifications. Pendant les répétitions, d’autres ajustements ont été faits. Même durant le tournage, nous nous sommes permis de modifier certains éléments, mais dans l’ensemble, nous sommes restés assez fidèles au scénario original.

08 – Quelle est votre scène préférée ?

Nous sommes tous les deux d’accord pour dire que notre scène préférée est celle où Vicente et sa fille Nerea regardent de vieilles photos. Vicente confie que, enfant, il avait demandé une poupée pour Noël mais avait reçu un camion en jouet à la place. C’est le premier moment du film où père et fille commencent réellement à se reconnecter émotionnellement.

09 – Quelle scène a été la plus difficile à tourner ?

Nous dirions que les scènes de sexe n’ont pas été faciles. Les acteurs ont fait un excellent travail, mais il y a toujours une tension inhérente à ce type de scène, peut-être encore plus dans ce cas, en raison des doutes exprimés par l’acteur principal sur la manière de l’aborder. Heureusement, tout s’est très bien passé.

10 – Avez-vous des anecdotes de tournage à partager ?

Le film a été tourné en 35 mm, et nous avons eu de nombreuses discussions avec les producteurs sur les risques liés à l’envoi physique des bobines à un laboratoire éloigné du lieu de tournage. Nous étions confiants dans notre capacité à gérer cela.

Cependant, pendant trois semaines, les images tournées lors de la parade de Maspalomas ont été perdues. Personne ne savait où se trouvait la boîte contenant les bobines 35 mm. Après trois semaines d’angoisse, elle a finalement réapparu !

11 – Votre film a-t-il été présenté dans de nombreux festivals ?

Le film a été présenté en première au Festival international du film de Saint-Sébastien. Il a ensuite été projeté au BFI London Film Festival, au Festival 2 Cinéma de Valenciennes, à CineHorizontes à Marseille, au Festival international du film de São Paulo, au Festival des Arcs, à Palm Springs, Göteborg, Reykjavik, Miami, et bien d’autres encore, soit 53 festivals à ce jour.

12 – Avez-vous un prochain film en préparation ?

Nous travaillons actuellement sur plusieurs projets. Pour l’instant, nous développons une série télévisée que nous tournerons à la fin de l’année. Par ailleurs, nous préparons également quelques projets de longs métrages.